Démarche artistique
“Se référant à un détail de l’une de ses peintures, Arshyle Gorkij l’assimile à la douceur, quelque chose de si doux qu’il frôle la mort. Ce qui frappe dans l’œuvre de Christiane Löhr, c’est sa douceur, une douceur proche de la vigueur ; en effet, elle est tellement vigoureuse qu’elle se rapproche d’un carré noir. Tout cela est obtenu par des “paysages”, qui, trouvés dans les champs ou dans les bois, présentent une seule couleur en hiver, puis changent d’aspect en été. Christiane abandonne ces ensembles de paysages sur des murs unis, dans des coins, ou au plafond. Ainsi, l’espace est participatif, il devient réceptacle et dimension pour cette mise en scène de la vigueur et de l’amour.” Jannis Kounellis. Udine, vendredi 17 janvier 1997.
“Le monde de Christiane Löhr (1965) est animé par une vivacité aérienne et lumineuse. Il révèle la puissance vitale et esthétique de tout ce que la nature a de fragile et d’éphémère, elle qui dépend de la fluidité du vent, et suggère la présence d’une force plastique non pas agressive, mais légère et sensible. Ses ensembles, construits avec des tiges d’herbe et des semis de lierre, du crin de cheval et des poils de chien, soulignent leur dépendance au possible choc qui compromettrait leur calme et leur équilibre. Ce sont des images en forme de coupole ou de pyramide, de nuage ou de coussin, qui rendent compte d’un naturel vaporeux, contrastant, dans notre monde contemporain, avec la pesanteur et la gravité physique et environnementale de beaucoup de sculptures. L’aspiration de l’artiste allemande tend plutôt à en énoncer le caractère duveteux et évanescent, souple et léger. Il s’agit d’un discours sur la qualité sensible et euphorique du vibrant monde végétal et animal et son altération, confié à la délicatesse et à la tendresse de l’attention. Des sculptures minces et délicates donnent corps à des formes flottantes et mousseuses, capables d’éclat et de s’accorder, quel que soit le contexte, à une présence fascinante et tactile. Cette modalité d’apparition des volumes et des images séduit par la douceur du toucher et l’épanouissement des matières. Quelque chose de tendre mais d’imposant dans le matériau, du côté de la théâtralité, mène à cette expression incroyable : une vivification du mode de ressentir et de penser la sculpture même.” Germano Celant
Les installations miniatures de Christiane Löhr dialogueront avec les espaces de la Galerie du Porc-Épic et ceux de l’Office et de la Tour du Roi. Éloge de la fragilité, de la préciosité, des formes gracieuses que la nature offre en abondance à nos regards souvent inattentifs ou indifférents.
Apprendre à voir, repérer les architectures secrètes et multiples qui président à toutes les formes végétales et créer, tisser avec cette matière éphémère et fragile de nouvelles merveilles, telle est la tâche noble et passionnante que s’est fixée Christiane Löhr.
REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Née en 1965 à Wiesbaden (Allemagne), Christiane Löhr étudie l’égyptologie, l’archéologie classique et l’histoire, à l’université de Bonn. Elle suit également un enseignement artistique à l’université de Mayence, avant de rejoindre l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, dont elle sort diplômée en 1996 sous la direction de l’artiste Jannis Kounellis, figure majeure de l’art contemporain et représentant phare de l’Arte Povera, courant artistique révolutionnaire défiant l’industrie culturelle et la société de consommation, en prônant le retour à l’essence même du geste créateur, notamment par le recours, dans le processus de création, à des matériaux dits “pauvres“.
Repérée en 2001 à la 49ème Biennale de Venise, sous le commissariat du Suisse Harald Szeeman aujourd’hui disparu, Christiane Löhr mène depuis vingt ans une carrière internationale dans le domaine de l’art contemporain. Elle développe un travail de sculpture radicale, au cours d’expositions monographiques ou collectives, au Japon, aux États-Unis, en Italie, en Suisse, en Allemagne…
À l’occasion de la publication de sa monographie par Hatje-Cantz in 2020, le grand spécialiste italien de l’Arte Povera Germano Celant lui dédie l’un de ses derniers textes (commissaire d’expositions à la Biennale de Venise, au Guggenheim, ou au Centre Pompidou, il meurt en avril 2020).
Cette reconnaissance, Christiane Löhr la doit à une démarche singulière et résolument indépendante, saluée récemment, pour la première fois à Berlin, lors de l’exposition Ordnung der Wildnis à la Haus am Waldsee, en 2021.
Christiane Löhr vit et travaille aujourd’hui entre Cologne (Allemagne), où elle dispose d’un atelier au cœur d’une zone industrielle propice au travail, et Prato (Italie), où elle collecte notamment au cours de ses promenades, à pied ou à bicyclette, les matériaux nécessaires à l’élaboration de ses sculptures.
À Chaumont-sur-Loire, elle rejoint les maîtres de l’Arte Povera tels que Jannis Kounellis, dont la commande artistique reste visible dans les Cuisines du Château, et Giuseppe Penone, dont la sculpture pérenne Trattenere 8 anni di crescita dialogue avec le Parc Historique.
Christiane Löhr est représentée par la Galerie Tucci Russo, Turin (Italie).