Démarche artistique
Bae Bien-U exerce l’art de la photographie depuis plus de quarante ans. Il est aujourd’hui incontestablement le plus grand photographe coréen contemporain. Reconnues dans le monde entier, ses œuvres au langage universel reflètent avant tout la préoccupation du peuple coréen à vivre en harmonie avec la nature, dont Bae Bien-U photographie le mouvement en mode panoramique. Dénués de toute trace humaine, ses paysages engagent l’esprit dans un temps suspendu où la méditation est de rigueur. L’œuvre est une invitation à communier avec l’environnement naturel et en même temps une métaphore où l’arbre – ce lien entre ciel et terre comme l’artiste aime à le considérer – pourrait bien être nous.
La photographie de Bae Bien-U ne témoigne pas d’un instant T ou d’un événement particulier, elle est un “attrape-esprit”, de celui qui fait surgir des lieux mythiques pour en restituer l’énergie vitale. L’utilisation du noir et blanc et du cadrage serré rend le sujet indiscernable. Le photographe brouille les pistes. Peinture ou photographie ? Une manière qui rattache l’artiste à la pratique picturale de ses jeunes années. À la question des artistes qui auraient pu l’inspirer, il répond en évoquant le groupe de photographes américains f/64, qui s’était engagé dès 1932 à promouvoir une forme photographique indépendante des arts graphiques préexistants, et aussi la peinture de Jeong Seon (1676-1759), peintre coréen connu pour avoir développé un style distinct de la tradition chinoise.
En 1985, commence un travail, qui s’attachera à immortaliser le caractère sacré des forêts de pins de la côte méridionale de la Corée du Sud, arbres qualifiés par l’artiste de “symboles de l’âme du peuple coréen”. Alors rien d’étonnant qu’en villégiature sur la Côte d’Azur, quelque 30 ans plus tard, Bae Bien-U se soit intéressé à leurs frères méditerranéens.
Bae Bien-U fait partie des artistes fidèles au Domaine de Chaumont-sur-Loire. En 2014, les visiteurs découvraient de magnifiques tirages panoramiques en noir et blanc des Pins de Gyeongju, puis, en 2019-2020, les Orums, images de collines volcaniques aux allures de peintures abstraites. Cette année, ce sont des ambiances différentes qui sont montrées, de larges horizons offrant à l’œil du visiteur un souffle renouvelé. L’on demeure longtemps fasciné par des collines cernées de brumes ou d’oniriques graminées claires en suspens.
REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Bae Bien-U est né en 1950 à Yeosu, en Corée du Sud. Diplômé de l’Université Hongik, à Séoul, il a été formé à la peinture traditionnelle puis au design avant de s’adonner à la photographie dans les années 1970, à une époque où cette dernière n’était pas encore reconnue, dans le pays, comme une discipline artistique. Sa pratique photographique sera accompagnée d’une activité d’enseignement notamment au Seoul Institute of the Arts, de 1981 à 2012. En 1988-1989, une bourse de recherche l’amène en Allemagne, au Département de la Photographie & Design de l’Université des Sciences appliquées de Bielefeld. Sa photographie argentique en noir et blanc, vide d’êtres humains, l’a rendu célèbre bien au-delà des frontières de son pays natal. Son attachement à cette technique et son attention portée aux tirages n’ont jamais faibli. Bae Bien-U est considéré comme le plus grand photographe coréen contemporain.
Il est représenté par la Galerie RX, à Paris, et la Galerie Axel Vervoordt, à Wijnegem, en Belgique.