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Edición 2009 - Jardines de color
11

Apesanteur de la matière

Vanishing black hole

El jardín

Stephen W. Hawkin définit le trou noir comme « une région de l’espace-temps d’où il n’est pas possible de s’échapper pour atteindre un observateur éloigné. Sa frontière s’appelle l’horizon et coïncide avec la trajectoire des rayons lumineux qui n’ont pu s’échapper ».


Si c’est un paysage en trou noir d’où rien ne pourrait s’échapper, ici, malgré tout, le trou noir éclate en multiples perspectives et fuit. L’espace s’échappe, et renvoie à chaque fois vers soi et au-delà.

Dans le trou noir, le passage de l’horizon est l’aspiration à la libération de la matière. Libération dans la matière. 


Dématérialisation. 


Immatérialité. 


Mais densité maximum.

Apesanteur/pesanteur. 


Lorsque l’espace fuit, le temps file et l’esprit est libéré. 


Dans le trou noir seul l’esprit s’échappe.

Défi ultime du jardin, puisque qu’aucune plante n’est jamais totalement ni vraiment noire. Et pourtant, le noir peut être lumière, comme le dit Soulages, et Matisse a toujours affirmé que « le noir est une couleur ». 
Ce jardin-installation est un simulateur d’espace qui attire le visiteur dans une virtualité physique. Si dans une chorégraphie le corps danse pour décrire l’espace, ici, dans ce jardin l’espace danse pour le corps. Ce jardin-installation est simple. Il s’apparente au cabinet de curiosité, mais cette fois en extérieur. Qu’il pleuve, qu’il fasse gris ou beau, la pluie, les nuages comme le soleil, en se mirant dans les glaces et la pièce d’eau, vont renforcer les effets et les rendre dynamiques. Une limite de glaces noires métallisées, sans être tout à fait miroir redessine les limites du jardin en ovale. L’absence d’angles, les glaces non verticales, inclinées de manière non régulières, posées sur chevalet à l’arrière, reflètent et démultiplient, tout en les absorbant dans le noir, les réflexions avec distorsion. Un sol noir, fait de fins copeaux de pneus, absorbant sous les pieds, recouvre la surface doucement travaillée et creusée jusqu’à une partie centrale végétale plantée d’ophiopogons noirs. La limite des glaces fait chicane à l’entrée pour immerger le visiteur, seul ou en groupe, dans ce kaléidoscope noir.

Concepteurs

AGENCE DECQ-CORNETTE, -Odile DECQ, paysagiste
, et Peter-J. BAALMAN, chef de projet-
FRANCE
 
 
Née en 1955, à Laval en Mayenne, diplômée de l’Ecole d’Architecture de Paris-La Villette (UP6), puis de l’Institut d’Éudes Politiques (IEP) où elle effectue une formation en urbanisme, Odile Decq fonde l’agence ODBC en 1979, qu’elle dirige seule depuis fin 1998, date de la disparition de Benoît Cornette.
 Depuis 2000, l’agence développe une activité importante dans le domaine du design, en collaboration avec des industriels.
 En 2007, Odile Decq prend la direction de l’École Supérieure d’Architecture.
 Enseignante de l’école de 1988 à 2004, elle a été choisie pour son projet pédagogique par le Conseil d’Administration. Elle a l’ambition d’élever le niveau de l’enseignement et de former des architectes de haut niveau, pouvant travailler à l’étranger. Elle a la conviction « qu’un architecte doit connaître le monde pour nourrir ses projets et prendre position sur le monde en devenir. »