Démarche artistique
COMMANDE EXCEPTIONNELLE DE LA RÉGION CENTRE FAITE À SARKIS (2011-2013)
Les 72 vitraux créés spécialement pour le Château de Chaumont-sur-Loire par Sarkis viennent dialoguer avec les vitraux déjà présents dans le monument. Ils évoquent la vie et l’histoire du lieu à travers la lumière. Réunissant des images fondamentales pour l’artiste, ils constituent en quelque sorte le musée imaginaire de Sarkis.
Sarkis conçoit ce parcours de lumière comme un cheminement initiatique et mental à travers lequel le visiteur construit sa propre histoire. Il place un vitrail devant chaque fenêtre du premier et du second étage de l’aile sud du château. Ces panneaux de lumière, dévoilant des images de vie et de mort, d’amour et d’architecture fixent dans l’instant des histoires passées et des visions futures. Sarkis confronte des images de techniques anciennes, par exemple une photographie de mosaïque, avec une image évoquant la modernité. La réalisation de cette nouvelle œuvre de Sarkis s’organise en deux temps.
En 2011, 40 vitraux sont conçus et installés devant les fenêtres de l’aile sud.
En 2012, 32 vitraux prennent place dans les cuisines et dans les sous-sols du château.
Sarkis a laissé 11 des 72 vitraux qu’il a spécialement conçus pour le Domaine.
"Des chambres presque en ruine dans un château merveilleux : c’est ce contraste qui m’a frappé lors de ma première visite.
Il avait neigé. Il n’y avait presque aucun visiteur. Une certaine mélancolie circulait presque dans toutes les salles, aussi bien celles ouvertes au public que celles qui leur étaient fermées.
Nous avions commencé la visite du Château par les salles très bien agencées, ouvertes au public. Ensuite, nous avions poursuivi par les chambres presque en ruine, fermées aux visiteurs où attendaient des objets abandonnés. Les murs respiraient le temps, le passé. Les pièces n’étaient plus chauffées depuis des décennies - Je me souviens, je m’étais approché d’une petite fenêtre et j’avais regardé dehors ; le paysage sous la neige m’avait semblé figé depuis très longtemps sous une lumière changeante. Des images figées qui changeraient avec la lumière, se transformèrent plus tard en faisant naître l’idée des vitraux.
Un scénario allait s’écrire. J’inviterais des gens à une promenade vers les salles à l’abandon, je ne changerais et ne toucherais que très peu de chose, parfois je ne laisserais même pas entrer les visiteurs qui resteraient au seuil de la porte et regarderaient l’intérieur de la pièce comme une scène de théâtre… Soudain, on apercevrait un vitrail suspendu devant une fenêtre, comme un acteur en contrepoint. Un vitrail neuf avec sa technique ancienne et son image d’aujourd’hui, évoquant la très grande richesse de notre culture, de tout temps, de tout lieu, d’ici et d’ailleurs : un cerisier fleuri dans un jardin japonais, un palais à l’abandon au bord d’un étang à Ahmadabad, un coucher de soleil à Nordland, la coupe de la montagne en marbre blanc de Carrare, le visage d’une danseuse Indienne sous la pluie, l’architecture du Musée Juif à Berlin de Libeskind, un puits dans une verdure en Toscane, la mort qui ressuscite dans un film de Dreyer, 12 bougies dans une vieille église en Arménie, la naissance d’une nouvelle architecture à la frontière d’un quartier ancien en Angleterre, la danse d’une tribu chaman, le visage d’un homme en très gros plan qui nous regarde, le paysage enneigé vu d’une petite fenêtre du Château de Chaumont…
Chaque fenêtre des chambres, vivant à l’abandon, aurait son vitrail suspendu, éclairé par la lumière naturelle du jour et une autre lumière, artificielle. Les deux sources lumineuses accoucheraient d’autres lumières. Une image excessivement riche, figée dans la technique du vitrail et aussi en mouvement grâce aux sources de lumières.
La première année, lors de l’ouverture en avril 2011, 40 vitraux suspendus seront installés, dont 10 seront fabriqués sur place. 32 vitraux seront conçus la deuxième année.
Les vitraux ne racontent pas une histoire, ils sont ouverts à l’histoire de notre monde, à des milliers et à des milliards d’images." Sarkis
REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Sarkis
TURQUIE
Artiste français d’origine arménienne, Serkis Zabunyan, dit Sarkis (son nom chrétien), naît à Istanbul en Turquie en 1938. Très tôt, il pratique la peinture qu’il complète par des études d’architecture intérieure à l’Académie des Beaux- Arts d’Istanbul. Il fait également ses études au Lycée Français Saint-Michel et obtient une licence à l’Université de Mimar Sinan.
La légende raconte que c'est avec Le Cri d'Edvard Munch que commence la carrière de Sarkis, de son vrai nom Zabunyan, lorsque le Stambouliote âgé de 16 ans se retrouve nez à nez avec le tableau de l'expressionniste norvégien. Frappé par la vocation de peintre, il expose ses première gouaches, obscures, sibyllines, alors qu'il étudie à l'académie des beaux-arts d'Istanbul. Il faudra toutefois attendre 1962 pour que Zabunyan devienne Sarkis : en plus de son nom, c'est toute l'expression de l'artiste d'origine arménienne qui va se transformer après son arrivée en France à l'orée des révolutions de mai. L'empreinte conceptuelle est posée lorsqu'il lance son premier Connaissez-vous Beuys ? au Salon de mai 1967 : Sarkis ne cesse dès lors de dialoguer avec l'histoire, les artistes et les œuvres qui ont bouleversé son cheminement créatif. L'année suivante, il peaufine déjà ses installations, sensorielles, énigmatiques, en travaillant la lumière, les sons et les matériaux (feutre, néons, antiquités insolites.. .) devenus par la suite ses marques de fabrique. Enseignant aux Arts déco de Strasbourg au cours des années 1980, il enchaîne dès 1990 les expositions en France et à l'étranger. Après le palais Liechtenstein de Vienne (1995) et le Mamco de Genève (1996), Sarkis, en plus de la Biennale d'Istanbul (2009), est invité à investir le musée d'art contemporain de Lyon (2002), le Louvre (2007) et le Centre Pompidou, qui lui dédie une grande exposition personnelle en 2010.
Depuis le 16 février 2011, le Mamco de Genève accueille l’exposition Hôtel Sarkis rassemblant la plupart des œuvres de Sarkis qui évoquent des créateurs (musiciens, peintres, cinéastes, philosophes, sculpteurs, écrivains, etc.).