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Chaumont-Photo-sur-Loire 2021/2022

Raymond Depardon

"La ferme du Garet"
Le Château

Démarche artistique

La série La ferme du Garet (1984), dont sont issues les photographies présentées au Domaine de Chaumont-sur-Loire, occupe une place singulière, intime et racinaire, dans l’œuvre de Raymond Depardon. Aujourd’hui, le témoin de la ruralité est familier à ceux qui fréquentent son œuvre. Après la parution de cette série en recueil en 1995 (Editions Carré, rééd. Actes Sud), on a pu voir la trilogie Profils paysans (2001-2008), partition à quatre mains avec Claudine Nougaret, lire La terre des paysans (Le Seuil, 2008), Paysans (Points, 2009), Rural (Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2020). Mais en 1984, lorsque Depardon retourne, objectif en main, dans la ferme de son enfance à Villefranche-sur-Saône, c’est un trait d’union inédit qu’il trace entre sa carrière et ses origines, grâce à une commande, la mythique Mission photographique de la DATAR (Délégation interministérielle de l’aménagement du territoire et de l’attractivité régionale). 

Comme l’a rappelé l’exposition Paysages français. Une aventure photographique.1984-2017, à la BnF, vingt-neuf photographes sont alors choisis pour "représenter le paysage français des années 1980". "Héritière de projets emblématiques de l’histoire de la photographie, comme la Mission héliographique de 1851 commanditée par les Monuments historiques ou le projet de la Farm Security Administration (1935-1942) qui dresse un portrait de l’Amérique lors de la Grande Dépression", ou encore de "l’exposition New Topographics présentée en 1975 aux États-Unis, qui contribua à renouveler l’imaginaire du paysage américain en attribuant une place plus importante au quotidien et à l’ordinaire", la Mission marque l’entrée dans une nouvelle époque de la photographie comme du rapport aux territoires.

Raphaële Bertho, auteur de La Mission photographique de la DATAR, Un laboratoire du paysage contemporain (La Documentation française, 2013) et commissaire avec Héloïse Conesa de l’exposition de la BnF, souligne cette double importance, pour les arts et les politiques publiques. D’une part, "le début des années 1980 correspond à un tournant pour le champ de la photographie, qui intègre les institutions de l’art contemporain.  […] La Mission photographique de la DATAR, en s’adressant à des photographes considérés comme des artistes et en revendiquant le statut d’œuvres des images, participe activement de ce processus de reconnaissance institutionnelle." D’autre part, elle "s’intègre à un questionnement politique sur le territoire qui s’articule au début des années 1980 autour de la notion de paysage", "chargeant les photographes de rendre intelligible une expérience sensible tout en renouvelant la perception du territoire, en leur demandant explicitement de recréer une culture du paysage en France."

Au grand reporter et documentariste, la commande de la DATAR offre l’occasion de retourner dans la ferme de ses parents. Cheminement intime et démarche d’intérêt public se mêlent. Portrait du lieu d’une enfance, après la mort du père dont l’absence creuse l’image ; portrait "d’un lieu comme on en voit plein en France", témoin des bouleversements des "Trente Glorieuses" : "Quand vous êtes sur l’autoroute A6, face à une grosse zone commerciale, durant quelques secondes, vous pouvez voir un groupe de maison entourées d’acacias. C’est le vieux quartier du Garet", écrit Depardon (La ferme du Garet, 1995). D’un côté, un jardin secret livré en confidence, le cahier d’un retour à une terre natale, entrelaçant au portrait de lieu le récit d’une vocation. De l’autre, un document sociologique, géographique, politique, par lequel Depardon entend, à ses commanditaires, "montrer ce que vous les aménageurs avez fait de la ferme de mes parents", et interroge : "Hier, c’était la campagne, aujourd’hui, c’est la périphérie de la ville. Et demain ?" 

Près de quarante ans nous séparent de ces images, autant qu’entre elles et le Garet des premiers souvenirs de Depardon. De part et d’autre, métamorphoses et persistances. Ni recherche nostalgique d’un paradis perdu, ni portrait-charge d’une terre dévastée, La ferme du Garet a l’épaisseur de sens de la poésie. Peu de signes sur ces images, mais des traces éparses. Privée de distractions, l’attention se porte sur les matières : poli de la toile cirée, caresse des rideaux au crochet, soleil dans le creux de la cour, fugacité d’une ombre – sa mère. Le regard devient tactile. "Moi j’avais le souvenir que je ne regardais pas. J’avais du mal à regarder", confie Depardon. "L’appareil m’a forcé à regarder." À notre tour, le vide apparent peut nous apprendre à voir. Depardon suggère un moyen, l’imagination : "J’essaie d’encadrer le réel devant moi. Il n’a souvent que peu d’intérêt en réalité. Il faut que je rêve !" De là l’intérêt toujours renouvelé qu’éveille cette série anti-spectaculaire, qu’on croit connaître et qu’il faut redécouvrir par des accrochages, des lectures originales, telle en 2020 celle de Jacques Rancière dans La Chambre (Atelier EXB).

La ferme du Garet parle à Chaumont autrement qu’ailleurs ; chaque fois un pan de voile est soulevé, toujours loin d’épuiser le sens. Les images invitent à observer leur silence. Entrons.

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Raymond DEPARDON
FRANCE
 

Cadet d’une famille de cultivateurs, Raymond Depardon naît en 1942 à Villefranche-sur-Saône. Il y fait ses débuts avec l’appareil photo de son aîné. Monté à Paris, entré à l’agence Dalmas en 1959, il multiplie les reportages, dont celui qui lui vaut un nom, dans le Sahara. En 1966, il participe à la fondation de l’agence Gamma. À Prague en 1969, il filme son premier court-métrage, hommage à Ian Palach. En 1974, à la tête de Gamma, il tourne un premier long-métrage en suivant la campagne de Valéry Giscard d’Estaing. Dans les années 1970, il parcourt le Tchad, sur les traces de l’otage Françoise Claustre. En 1978, il entre chez Magnum et apprend à "photographier des gens dans la rue". Notes paraît en 1979, inventant un nouveau rapport entre mots et images. Lien tel un fil rouge de la seconde partie de carrière, où le photojournaliste devient documentariste. En 1987, il épouse Claudine Nougaret, première cheffe opératrice du son en France. Dès lors, ils créent en duo, "bon équilibre entre entendre et regarder". Dans les années 2000, l’exposent la Fondation Cartier, la Maison européenne de la photographie, la Bibliothèque nationale de France, le Grand Palais, le Mucem. Les Rencontres d’Arles l’invitent comme directeur artistique en 2006. Il fonde le BAL, ouvert en 2010. En 2012, il réalise le portrait officiel du Président de la République, François Hollande. Parallèlement, l’œuvre ne cesse de grandir. Témoin de la ruralité comme du désert, des paysans et des nomades, des grands espaces et des enfermés, au cinéma comme en photographie, il est fidèle à ses fondamentaux : la rencontre et l’écoute.

Raymond Depardon est représenté par la Galerie RX, Paris.

LES ARTISTES

RÉCOMPENSES

2011
Prix Ptolémée de la Géographie
 
2009
Prix Nomad’s
Prix International Planète Albert-Kahn
 
2008
Prix Louis Delluc
 
2000
Prix Nadar
 
1995
César du meilleur documentaire
Prix Joris-Ivens
 
1991
Grand Prix National de la Photographie
 
1985
César du meilleur court-métrage
 
1981
César du meilleur documentaire
 
1973
Médaille d’Or Robert Capa

EXPOSITIONS PERSONNELLES

2021
La Terre des Paysans, Bram
 
2020
Raymond Depardon, Photographie Militaire 1962-1963, Musée du Service de Santé des Armées, Paris
 
2019
Errances, Le Parvis Espace Culturel, Pau
 
2018
Raymond Depardon Alpes Maritimes, Galerie Lympia, Nice
Depardon USA 1968-1999, Rencontres Internationales de la Photographie, Arles
Paysages d’architecture, Musée Français de la Carte à jouer, Issy-les-Moulineaux
Correspondance New Yorkaise 1981-2017, Magnum Photo, Paris
Japon 2016-2017, La Nouvelle Chambre Claire, Paris
Intérieur/Extérieur, Galerie RX, Paris
 
2017
Traverser, Fondation Henri Cartier-Bresson, Paris
Depardon Tokyo 1964-2016, Chanel Nexus Hall, Tokyo, Japon
Un moment si doux, Centro Cultural Recoleta, Buenos Aires, Argentine
Un moment si doux, Centro Cultural Banco do Brasil, Rio de Janeiro, Brésil
Los Franceses - Les Habitants, CICUS, Séville, Espagne
 
2016
La France de Raymond Depardon, Ministero de la Cultura, Lima, Pérou
 
2015
La France de Raymond Depardon, Museo Banco de la República, Bogotá, Colombie
Manhattan Out / Correspondance New Yorkaise, Galerie Catherine et André Hug, Paris
 
2014
La France de Raymond Depardon, Bibliothèque EPM, Medellin, Colombie
Un moment si doux, Mucem, Marseille
Depardon : Berlin, Institut Français de Berlin, Berlin, Allemagne
New York, Espace Jorg Brockmann, Genève, Suisse
 
2013
Un moment si doux, Grand Palais, Paris
La France de Raymond Depardon, Museo de Bellas Artes, Caracas, Venezuela
Villes, Le Carreau, Cergy-Pontoise
 
2010
La France de Raymond Depardon, Bibliothèque nationale de France, Paris
 
2007
Villes/Cities/Städte, Musée de la Photographie, Berlin, Allemagne
 
2006
Photographies de personnalités Politiques, Maison Européenne de la Photographie, Paris
Racconti della Realta, Villa Medici, Rome, Italie
La Ferme du Garet, Musée Suisse de l’Appareil Photographique, Vevey, Suisse
 
2005
Raymond Depardon, Nederlands Fotomuseum, Rotterdam, Pays-Bas
 
2004
7x3, Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Paris
San Clemente, Centre Culturel des Carmes, Langon
Vietnam 1972-1992, Musée des Arts Asiatiques, Nice
 
2003
Un homme sans l’Occident, Fnac Montparnasse, Paris
 
2000
Détours, Maison Européenne de la Photographie, Paris

EXPOSITIONS COLLECTIVES

2020
Dégager l’écoute, Bibliothèque nationale de France, Paris
 
2019
Nous les Arbres, Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Paris
Striking Moments in Photojournalism, Photobastei, Zurich, Suisse
Fil Noir, Maison Européenne de la Photographie, Paris
 
2017
Highlights : la Collection de la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Seoul Museum of Art, Séoul, Corée du Sud
In Our Time, Magnum Print Room, Londres, Royaume-Uni
Magnum Analog Recovery, Le BAL, Paris
Look at Lebanon 1970-2016, Maison de la Photographie, Toulon
 
2016
Le Grand Orchestre des Animaux, Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Paris
An Ideal for Leaving, Huxley-Parlour, Londres, Royaume-Uni
Strange and Familiar, Barbican Art Gallery, Londres, Royaume-Uni
 
2015
Autoportraits, Les Douches la Galerie, Paris
 
2012
La Photographie en France 1950-2000, Maison Européenne de la Photographie, Paris
 
2011
Mathématiques, un dépaysement soudain, Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Paris
 
2009
Terre natale commence ici, Kunsthal Charlottenborg, Copenhague, Danemark
 
2008
Terre natale commence ici, Fondation Cartier pour l’Art Contemporain, Paris