Démarche artistique
Stéphane Guiran est un poète qui transforme ses rêves en délicates sculptures ou scénographies oniriques qui transportent ceux qui les voient dans un ailleurs apaisant et profond.
Il a conçu une œuvre in situ pour la Galerie basse du Fenil où il exalte, par l’image et le son, la grâce et l’écho d’ormes ressuscités par l’œuvre.
“Les Ormes ont vécu plus de soixante millions d’années avant de rencontrer l’Homme. En quelques siècles l’Homme fit de l’Orme son fidèle compagnon. Un intime, un gardien. Il lui confia les places de ses villages, en fit le visage de ses boulevards, la peau de ses routes, la fierté de ses parcs. L’Orme le suivait jusque dans ses blessures et ses déchirures. Il était la voix de la justice, l’écorce qui soigne, le lieu qui apaise. L’Homme et l’Orme étaient si proches qu’au début du XXème siècle, lorsque les Hommes trébuchèrent, les Ormes tombèrent malades. Diagnostiquée en 1919, la première épidémie de graphiose tua des millions d’ormes, alors que la première guerre mondiale et la grippe espagnole venaient elles aussi de tuer des millions d’Hommes.
Le XXème siècle passa et les Hommes firent le monde d’aujourd’hui. Les Ormes disparurent massivement à partir des années 70. Maîtrisés, alignés, domestiqués, rassemblés en monoculture, ils avaient perdu de leur force, de leur capacité à s’adapter. En quelques années, les scolytes eurent raison de leurs corps. Partout, sur toute la Terre. Les Ormes sont morts d’amour. Ils sont morts d’avoir été trop aimés. Sans mesure, sans conscience de l’importance de respecter la biodiversité et les rythmes de la vie. Ils se sont donnés pour que nous apprenions. Comme les platanes et tant d’autres aujourd’hui, ils nous montrent combien nos actes résonnent sur toute vie. Transforment la Terre.
Des Ormes, il nous reste une présence. L’écho d’une voix, la vibration d’une âme collective qui voyage dans la nuit de notre passé. Un chant fait de souvenirs, de la lumière de millions de grands arbres majestueux, désormais rangés dans les mémoires de nos parents, grands-parents, aïeux.
Depuis quelques années, ce chant souffle un espoir nouveau. Une transcendance qui dépasse la mémoire. Il nous parle de demain. Du rêve d’un Homme qui grandit. D’un Homme plus conscient, à l’écoute de la vie. Capable de réparer le vivant, de devenir le gardien de l’harmonie d’une planète plutôt que de rêver s’enfuir vers d’improbables constellations.
À cappella, dans le silence de notre chair, le chant de la Sève du Monde.
Depuis plusieurs années des ormes dorment dans mon atelier. Ils ont grandi sur Eygalières, y sont morts comme tant d’autres, et ont été longtemps conservés par un particulier qui a souhaité me les transmettre.
En 2020, j’ai commencé un nouveau travail sur la mémoire du vivant et sur l’importance pour chacun d’entre nous de prendre notre place pour réparer et préserver ce vivant. Les ormes sont venus nourrir ce travail. J’ai également collecté des restes calcinés des platanes de la D99 (reliant Eygalières à Saint-Rémy de Provence), abattus et brûlés en 2020, et des troncs exceptionnels de vieux amandiers centenaires, issus d’Eygalières. Une nouvelle série de sculptures et de dessins est en cours de création. Cette installation s’inscrit dans le cadre de ces œuvres.
En parallèle, j’ai écrit un roman dont le narrateur est un orme ayant résisté à la graphiose, qui retrace la vie de l’homme qui l’a planté. Le récit nous fait traverser tout le XXème siècle jusqu’à aujourd’hui, et met en lumière la relation qui unit les arbres et les Hommes. Le manuscrit est actuellement entre les mains de plusieurs maisons d’éditions parisiennes, avec pour objectif d’être publié en 2022.” Stéphane Guiran
REPèRES BIOGRAPHIQUES
Stéphane GUIRAN
FRANCE
Stéphane Guiran est né en 1968. Depuis 2001 il vit et travaille à Eygalières, dans les Bouches du Rhône. Jusqu’en 2011, il réalise principalement des œuvres en acier, inspirées par la calligraphie et l’écriture dans l’espace.
En 2012, il rejoint la Galerie Alice Pauli et commence à travailler d’autres médias, dont la photographie, le verre et les cristaux, qui le conduisent à de nouvelles créations proches de la nature où il a grandi.
À partir de 2016, il créé ses premières œuvres immersives, avec des installations mêlant l’espace, le son, la vidéo et la lumière. Il propose à chacun de prendre une place au cœur de ses créations, de vivre une expérience en ressentant et faisant partie de l’œuvre.
En 2019, il participe à la Biennale de Tsukuba au Japon où il présente pour la première fois Le rêve des neiges éternelles, série de sculptures sur la fragilité et l’éphémère du vivant face aux choix des Hommes.
En 2020, avec Les mers rêvent encore (Centre d’art Campredon), il créé une œuvre-lieu composée d’installations formant un chemin de lumière dans un espace entièrement plongé dans la nuit. Salle après salle, les scènes d’un récit onirique éclairent un cheminement intérieur fait d’émotions et de sensibilité. L’écriture devient le point de départ de son travail. Les lieux, l’espace, la matière et les mots dialoguent et s’inspirent mutuellement.
En 2021, il commence une série d’œuvres sur les ormes. À travers leur mémoire, il explore ce que nous enseigne leur disparition dans un monde où tout se transforme en permanence. Ces créations prennent la forme d’un roman, Le chant de l’Orme (publié en 2022 chez Les Heures Brèves), puis d’une série d’installations dont Mémoires d’Ormes (2021, Biennale de Saint-Paul-de-Vence) et Le chant des Ormes (2022, Domaine de Chaumont-sur-Loire).
Stéphane Guiran est représenté par la Galerie Alice Pauli, Lausanne (Suisse).