Démarche artistique
Artiste majeure de la scène australienne, Fiona Hall utilise divers supports pour son travail (souvent des séries), dont la peinture, la sculpture, les installations, l’agencement de jardins et le film vidéo. Son œuvre explore la relation entre nature et culture en utilisant, par exemple, le détournement d’objets mêlés à la flore et la faune. Elle se sent profondément concernée par l’état du monde et tente de diffuser des messages sociaux et politiques à ce sujet. Ses messages ne sont jamais dogmatiques, mais ils sont lancés avec humour, de façon à questionner plutôt qu’assener. Elle s’investit dans les thèmes de l’écologie, la mondialisation, l’histoire, l’impact de la colonisation et du capitalisme sur le monde, ainsi que la conservation des espèces…
“Mon art, qui couvre différents thèmes et matières, se concentre de plus en plus sur les problèmes actuels liés à l’environnement, la politique et la société, et réagit à ces enjeux. Toutefois, mon objectif est de rassembler différents éléments de ces thèmes d’une façon qui soit poétiquement provocatrice et non pas purement didactique.
Cette installation pour le Domaine de Chaumont-sur-Loire est une réaction à la fois au contexte historique de l’époque de la construction du château et aux agendas politiques contemporains au sein de l’Union européenne. Bien que séparées par près d’un millénaire, les deux époques partagent des objectifs communs de fortification et de protectionnisme face aux intérêts et aux menaces extérieurs. Le Château de Chaumont-sur-Loire a d’abord été construit comme une forteresse dans le but de protéger la région des éventuelles invasions ennemies du comté voisin. L’Union européenne a pris la forme d’un protectorat, dont l’objectif était d’apporter une unité et une stabilité au sein du territoire, et, bien qu’elle continue d’afficher un front uni, elle est constamment fragilisée par les disputes, l’agitation et les défections potentielles parmi ses états membres.
Pour réaliser mon projet, j’ai utilisé des abeilles et des ruches afin d’illustrer ce concept d’unité nécessaire face à l’agitation sociale et politique. L’abeille mellifère européenne a longtemps été considérée comme un symbole d’harmonie sociale et de coopération. Au sein d’une seule et même ruche, les abeilles travaillent ensemble pour un bénéfice mutuel. La science nous apprend que chaque colonie d’abeilles est biologiquement programmée pour travailler en coopération. Ce n’est pas le cas des humains, qui sont si souvent guidés par la compétition. Aujourd’hui, la santé et le bien-être des colonies d’abeilles sont également menacés, et ce à cause de l’utilisation trop importante des pesticides dans l’agriculture moderne – dont le lien avec le syndrome “d’effondrement des colonies” a été établi –, et de la propagation de l’acarien parasite varroa.
Mon installation est composée d’un groupe de 28 ruches, représentant les 28 nations aujourd’hui membres de l’Union européenne. Les ruches sont rassemblées dans un petit champ de blé. Le champ de blé reflète la longue histoire de l’agriculture dans le Val de Loire. Le pain, que l’on a appelé “l’aliment de vie”, est considéré comme un symbole de cohésion sociale : “rompre le pain” est un acte de respect mutuel et de partage.
Actuellement, l’un des points de divergence et de désaccord au sein de l’Union européenne est la décision du Royaume-Uni de quitter l’UE, le Brexit. Mon installation reflète, à travers l’agencement des ruches parmi les blés, le départ imminent du Royaume-Uni. Bien que je sois une citoyenne australienne, habitant bien loin de l’UE et de son vacarme politique, il est clair que les débats concernant le départ du Royaume-Uni sont suivis de près, même dans notre pays. L’Union européenne représente une force puissante dans les affaires internationales et les décisions qu’elle prend ont un impact dans le monde entier. Le Château de Chaumont-sur-Loire, ancienne forteresse dotée d’un pont-levis afin de se prémunir contre toute invasion ennemie, présente des points communs avec l’infrastructure contemporaine de l’Union européenne. C’est un endroit idéal pour mon installation.” Fiona Hall
REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Fiona HALL
AUSTRALIE
Fiona Hall au Domaine de Chaumont-sur-Loire - © DR
Fiona Hall est une artiste plasticienne, sculptrice et photographe. Elle est née et a grandi à Sydney, Australie, d’une mère radio-physicienne et d’un père technicien. Son frère, Peter Gavin Hall, est mathématicien statisticien. Elle s’intéresse à l’art dès l’âge de 14 ans. Elle sort diplômée de la East Sydney Technical School (ESTS) en 1975. Bien que cette école ne diffuse pas de cours de photographie, c’est dans cette branche qu’elle se fait remarquer lors d’une exposition sur les jeunes photographes australiens.
Fiona Hall réside deux ans en Angleterre comme assistante de Fay Godwin et sa première exposition personnelle a lieu à Londres en 1977. Elle retourne brièvement en Australie en 1978 pour prendre soin de sa mère malade et expose à Melbourne.
Elle s’inscrit alors au Visual Studies Workshop (VSW) de Rochester aux États-Unis qui lui permettra d’obtenir, au bout de quatre années, un Master of Fine Arts. Elle passe un an comme artiste en résidence à la Tasmanian School of Art où elle crée The Antipodean Suite : ”Ces images proviennent d’un désir de transcrire certains aspects de ce qu’on appelle Les Antipodes. (…) L’intention ne doit pas être comprise au sens littéral. C’est au contraire une exploration dans le but d’arriver à une cohésion de l’idée.” Fiona Hall
Durant les années 1980, elle voyage et travaille dans le sud de l’Australie pour la South Australian School of Art. Elle expose et produit plusieurs séries photographiques. C’est l’œuvre Paradisus Terrestris qui lui offre la reconnaissance publique.
Fiona Hall a conçu et réalisé le pavillon australien de la Biennale de Venise de 2015.