Démarche artistique
Les œuvres d’Olga Kisseleva n’existent pas simplement pour le regard mais parce qu’elles ajustent la place de l’homme dans son environnement. En 2012, un arbre va faire entrer l’artiste dans le bioart, cette part de l’art qui investit le vivant. Elle va proposer de rendre hommage à l’orme de Biscarrosse terrassé par la graphiose non en érigeant un monument à sa mémoire mais en lui offrant une descendance grâce à la collaboration de plusieurs laboratoires. Bioprésence initiera un travail au long cours qui amènera Olga Kisseleva du Kazakhstan en Australie en passant par le Brésil, le Japon ou encore Israël.
Le projet d’un arbre est aujourd’hui celui de très nombreux autres : E D E N (Ethics and Durability for an Ecology of Nature). Chaque projet déclenche à la fois une analyse des données récoltées et une étude de l’environnement biologique, historique, sociologique, culturel..., des arbres étudiés. Olga Kisseleva les considère comme des êtres vivants à l’instar des hommes, capables d’inscrire dans leur mémoire des événements, de communiquer entre eux, de s’aider à résoudre des problèmes... Ses œuvres révèlent la vie enfouie au cœur des arbres. Elles nous entraînent sur des chemins empruntés par Bouddha ou par Baba Yaga, laissent le visiteur sans voix au pied des bouleaux d’Auschwitz ou des peupliers de Babi Yar.
ARMILLE
"Réalisé dans le cadre de la recherche E D E N, Armille retranscrit le dialogue entre deux cèdres, enregistrés en direct par Olga Kisseleva, depuis le parc du Domaine de Chaumont-sur-Loire, dans le courant de l'année 2024. Le premier est un des arbres remarquables du Domaine, un cèdre du Liban de 140 ans, le second fait partie d'Echigo Tsumari Art Field au Japon et se trouve à plus de dix mille kilomètres de Chaumont-sur-Loire. Le cèdre japonais fait partie de l'œuvre d'Olga Kisseleva depuis 2018, quand la première installation de la série lui a été commandée par la municipalité de Satoyama, dans le cadre de la Triennale d’art contemporain d'Echigo Tsumari.
Trois types de mesures scientifiques ont été privilégiées par l'équipe art-science dans le cadre de cette expérience : la composition de la sève, la dynamique de sa circulation et les relevés acoustiques dendro-chronologiques. Les capteurs installés sur les arbres ont transmis au laboratoire les données issues de chacun des trois canaux à la fréquence de 30 minutes. Ces données ont été retranscrites selon le protocole E D E N par deux moyens : graphique et verbal. À partir de chaque paquet de données reçues, un rectangle métallique a été créé, dont les proportions correspondent à la valeur numérique des données. Nous avons choisi d'utiliser pour la pièce les quatre métaux précieux d’un monde contemporain basé sur la communication : le cuivre, le lithium, le néodyme et le cobalt. Ces métaux précieux sont très recherchés pour la fabrication des outils de communication, des appareils, et des câbles. Le cuivre rose représente des données chimiques, le lithium beige celles de la dynamique des fluides, et le néodyme gris retranscrit les données dendro-chronologiques. Le cobalt, quant à lui, compose les lettres qui résument la transcription verbale : "la résilience menacée" pour les deux arbres.
Ne voulant privilégier aucune des langues contemporaines, nous avons opté pour l’écriture runique utilisée jadis pour leurs échanges par peuples du nord de l’Eurasie, notamment les vikings et les japonais.
L’ensemble est tissé dans une esthétique joaillière, en croisant les messages reçus de l'arbre du Domaine, traités comme les lignes horizontales roses, beiges et grises, avec ceux du cèdre du Japon sous la forme de lignes verticales. Les diagonales des lettres runiques contrastent avec les rythmes de la transcription graphiques par leur couleur bleu turquoise.
Cette sculpture précieuse est finalement directement créée par l'arbre qui la porte." Olga Kisseleva
REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Olga KISSELEVA
RUSSIE

Olga Kisseleva est née en 1965 à Saint-Pétersbourg. Diplômée de l’Institut d’art industriel Vera Mukhina en 1988, Olga Kisseleva poursuit ses études d’art au Musée de l’Ermitage mais également de physique à l’Université d’État de Leningrad. Au début des années 1990, elle part étudier aux États-Unis, à l’Université de Californie (Berkeley) et à l’Université Columbia (New York). En 1996, elle soutient sa thèse de doctorat intitulée Le Cyberart, comme outil de dialogue avec le spectateur, à Saint-Pétersbourg. Suite à l’obtention d’une bourse d’étude Fulbright en 2000, elle rejoint une équipe de créateurs travaillant au développement de technologies numériques aux États-Unis, puis est invitée à la Sorbonne, où elle enseignera pendant 20 ans.
De renommée internationale, Olga Kisseleva joue un rôle pionnier dans la recherche et la réflexion sur les formes de création émergentes.
Olga Kisseleva est représentée par les galeries [dip] contemporary art (Lugano), Alexandra de Viveiros (Paris), BAG (Bordeaux), Elga Wimmer (New York) et Artwin (Moscou).