Se rendre au contenu
Chaumont-Photo-sur-Loire 2024/2025

Nicolas Bruant

"Arbres"
Le Château

Démarche artistique

Nicolas Bruant a façonné son geste photographique depuis les années 1970 en se nourrissant de la peinture, de l’architecture, de la littérature, et de la musique. Constater les passerelles entre toutes ces disciplines lui est rapidement apparu comme une évidence. Il a observé, écouté les artistes qu’il considère comme de “bons maîtres”, ceux qui, par la qualité de leur travail, ont influencé sa génération. Ces inspirations structurent son regard, elles lui ont permis de prendre du recul, une forme de mise au point qui lui semble nécessaire pour aborder le geste photographique.

Libéré de l’évidence et des représentations construites dans l’habitude, Nicolas Bruant laisse les identifications premières s’estomper, celles dont un regard inattentif s’accommode. Il ne se considère pas comme témoin, ne décrit pas, n’authentifie pas non plus. Il ne photographie pas ce qu’il voit mais ce qu’il éprouve. La photographie est une façon de libérer le regard de ce que le réel lui impose, elle est un moyen de réexaminer le monde.

Pour ce faire, le photographe cherche à développer une “ligne” singulière : une ligne qui se préserve de l’anecdote, une ligne rigoureuse qui veut associer la géométrie et l’équilibre des masses. Il s’affranchit de la couleur pour travailler à partir d’une palette de nuances d’ombre et de lumière. La photographie en noir et blanc lui permet de rejoindre l’abstraction. Chaque élément devient le fragment d’une épreuve où les plans se confondent, et à partir duquel il tend à créer un nouveau geste figuratif. Il extrait, de ce qui se présente devant lui, des lignes, des courbes, des formes et propose son propre dessin du monde. Chaque élément devient le fragment d’une épreuve où les plans se confondent, et à partir duquel il tend à créer un nouveau geste figuratif, une nouvelle réalité plastique : les dunes sont des ondulations sous la pointe d’un crayon ; l’individualité du zèbre se disloque pour faire apparaître une multitude de formes et d’ombres qui agencent une réalité jusqu’ici indiscernable. Il extrait, de ce qui se présente devant lui, des lignes, des courbes, des formes et propose son propre dessin du monde.

Mais la photographie de Nicolas Bruant n’est pas seulement un geste abstrait. Elle n’est pas seulement la passion d’un esthète solitaire, elle lui permet aussi de parler des hommes et des femmes croisés sur son chemin, et pour lesquels il conserve une profonde admiration. De longs mois en Afrique lui ont permis d’appréhender l’ouvrage des artisans, l’enseignement dans les écoles coraniques, la cérémonie des morts... Gestes, regards, joie, souffrance, dialogue entre les générations ont été saisis. Bruant n’a jamais voulu s’en tenir au regard de l’étranger, toujours il a cherché à atteindre l’essence même des pays et des lieux où il a séjourné. “Ces peuples ont beaucoup à nous apprendre.”

Dans le Château du Domaine de Chaumont-sur-Loire, ce sont des arbres qui témoignent de son œuvre profondément humaniste. Cette série consacrée aux végétaux, peu importe qu’il s’agisse d’une armée de troncs ayant percé le sol forestier de Compiègne, ou bien un champ de baobabs en pays Dogon, propose une conversion du regard, en mettant en lumière le caractère expressif de chaque portion de sous-bois. Il rend manifeste à l’observateur la profonde discrétion du monde. Il fait entendre le murmure qu’entretiennent les choses entre elles. Il nous donne son pressentiment. Il pose la lumière sur le temps. On y lit la fragilité du monde.

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Nicolas BRUANT
FRANCE
 
 
Né en 1951, Nicolas Bruant (de son vrai nom Benoit Mathur), rencontre très jeune le photographe André Martin dont il devient l’assistant à partir de 1969. Celui-ci fut un compagnon de voyage, un maître, et un ami. À l’âge de 20 ans, en 1971, il commence à voyager, d’abord en Asie, un an en Inde, au Népal ainsi qu’au Sri Lanka. Et puis, vint l’Afrique. Il cultive une esthétique façonnée dès l’enfance par le récit des amis de famille, grands voyageurs, explorateurs, artistes.
Il se frotte à la couleur, seule manière de travailler pour le papier glacé des grands magazines (Vogue, Condé Nast Traveler, Décoration internationale...) et réalise des reportages sur l’architecture, les paysages, la mode.
Des commandes pour la publicité se transforment en moments formateurs. Il prend conscience de l’équilibre d’un visuel, de la répartition des masses et de l’anecdote, dont il se détachera radicalement, pour se concentrer sur la photographie en noir et blanc à partir des années 1980.
Si Nicolas Bruant a eu la chance de grandir à l’Agence Delpire, véritable “ruche artistique” habitée par les grands de la “lettre” et de l’image, Herb Lubalin, Albert Boton, Henri Cartier Bresson, Irving Penn et tant d’autres, il a toujours considéré la photographie comme une activité solitaire, semblable au travail du peintre ou du musicien. Pendant une trentaine d’années, il sillonne le continent africain et photographie les Dogons au Mali, trois mois par an durant six ans, thème de deux expositions au Petit Palais et à la Galerie des Galeries. Il photographie également les Peuls, les Bozos, les Touaregs et autres peuples de la région.
Depuis 1972, il photographie les animaux d’Afrique et publie en 1992 un livre qui leur est consacré chez Chronicle Book à San Fransisco, Wild Beast (réédité à Londres en 2000 chez The Bigger Picture Galery). Son exposition a inspiré le clarinettiste Jean-Marc Foltz, qui a signé un opus jazz, au titre éponyme, en quartet avec d’autres musiciens. Son dernier livre, paru aux Éditions Delpire, est la vision sombre d’un jardin de sculptures dans le sud de la France, le Domaine de Peyrassol.
Nicolas Bruant expose à travers le monde et participe à de nombreuses expositions collectives. Il a également légué une partie de ses photographies d’Asie au Musée Guimet. Il a également produit la série vidéo Silences, confrontant des artistes, musiciens, acteurs, plasticiens, à un face caméra de 4 minutes, sorte de monologue du regard. De ses reportages autour du monde, il a rapporté un matériel photographique dense et diversifié qui l’oblige depuis quelques années à se consacrer à ses archives. Son travail sur la “trace” est une œuvre noire, sujet d’un prochain livre.

LES ARTISTES

EXPOSITIONS (SÉLECTION)

2020
7 à La Maison, Exposition sur l’Afrique, l’Inde, le Mexique, la Chine, le Pakistan chez Serge Le Guennan
 
2013
Peyrassol, Librairie Durieux, vernissage, Paris
 
2012
Traces, Galerie Dutko, Paris
L’Arbre, École des Beaux-Arts de Paris
 
2011
Traces3, Alcazar, restaurant, Paris
Bestiaire, Galerie de la Fondation Maeght
 
2010
Traces2, Chapelle des pénitents blancs, Gordes
Fragments d’une histoire naturelle, Château de Chambord – Exposition collective avec André Martin, Sarah Moon, Jean-Luc Olezak, Marc Riboud
Dogons, Galerie Didier Claees, Bruxelles, Belgique
 
2009
Africa(s), Galerie Bernard Dulon chez Vincent Collet, Bruxelles, Belgique
 
2008
Africa, Alcazar, Paris
 
2007
Afrique(s), Galerie Bernard Dulon chez Berko, Bruxelles, Belgique