Démarche artistique
Chez Raphaëlle Peria, la photographie n’est pas une fin en soi. Elle constitue le point de départ d’un lent processus de transformation où l’image devient matière à dessiner, à sculpter et à révéler. À l’aide d’outils de graveur ou de chirurgien, l’artiste gratte minutieusement la surface du tirage pour faire apparaître le blanc du support. Ce geste de retrait, d’une extrême précision, ne détruit pas l’image ; il en dévoile une autre, enfouie dans la première. Entre photographie et dessin, apparition et effacement, son œuvre explore ce que le paysage conserve en silence autant que ce qu’il laisse disparaître.
Les paysages, les éléments naturels et les écosystèmes constituent le cœur de sa recherche. Loin de toute approche documentaire, Raphaëlle Peria privilégie une immersion prolongée dans les lieux qu’elle photographie. Ses images deviennent alors le support d’une réflexion sur la mémoire des territoires, leur fragilité et leur capacité de résilience. Le grattage agit comme une métaphore : il retire pour révéler, efface pour faire surgir le vivant souvent inaperçu.
Les surfaces photographiques acquièrent une densité presque tactile : les feuillages, les rochers ou les cours d’eau semblent se recomposer sous nos yeux en un patient réseau de lignes blanches. À distance, les œuvres conservent la force descriptive de la photographie. De près, elles révèlent un travail minutieux qui évoque autant la gravure que le dessin ou la broderie. Cette oscillation permanente entre vision d’ensemble et attention au détail invite le regardeur à ralentir et à parcourir l’image comme un territoire.
Les œuvres présentées dans la Galerie basse du Fenil illustrent pleinement cette démarche. Avec Narcissus (2019), Raphaëlle Peria fait émerger, par le seul travail du grattage, une végétation qui semble conquérir l’espace photographique, transformant la lumière en vibration. Dans Sans oser lui parler (2023), vaste composition de près de quatre mètres de long, les interventions de l’artiste dessinent un paysage où les arbres, les branchages et les feuillages semblent animés d’un souffle intérieur. Dans l’une comme dans l’autre, le geste de soustraction révèle une autre image, celle qui patiemment attendait sous la surface de la photographie.
À travers cette pratique exigeante, Raphaëlle Peria propose une expérience sensible du paysage. Ses œuvres nous rappellent que la nature est un milieu plein de vie, traversé de mémoires, de disparitions et de renaissances.
REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Raphaëlle PERIA
FRANCE

Diplômée de l’École européenne supérieure d’art de Bretagne en 2014, elle développe une œuvre qui s’enracine dans une observation attentive des paysages et de leurs transformations.
Finaliste de la Bourse Révélations Emerige en 2015, Raphaëlle Peria présente en 2017 sa première exposition personnelle à la Galerie Papillon, qui la représente depuis lors. Lauréate du programme BMW Art Makers en 2025, elle est également pensionnaire de la Casa de Velázquez pour les années 2025-2026.
Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles et collectives, en France comme à l’international, notamment à la Fondation Bullukian (Lyon), au Sungkok Art Museum (Séoul), à l’Institut français de Madrid, ainsi que dans le cadre de PHotoESPAÑA au Círculo de Bellas Artes de Madrid. Ses œuvres figurent dans plusieurs collections publiques et privées, parmi lesquelles le Frac Picardie, le musée des Beaux-Arts La Cohue (Vannes), la Fondation Thalie, le Mobilier national et la Fondation Neuflize OBC.
Raphaëlle Peria est représentée par la Galerie Papillon, Paris.
