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Saison d'art 2021

Jean Dubuffet

"Phénomènes"
Le Château

Démarche artistique

Sa relation aux estampes, sa pratique de la lithographie sont un aspect moins connu de l’œuvre de Jean Dubuffet.
Avec les estampes “on a la chance de bien se dépayser de bien se libérer des aimantations, des ornières et donc de se mettre en position de complète liberté et indépendance, grâce à la lithographie.” Jean Dubuffet
Ce qu’il aime dans cette forme d’expression “c’est la modestie, la beauté non reconnue”.
 

Il crée, sur la parfaite surface grainée, des accidents, des effets de matière dont la lithographie n’avait jusqu’alors jamais connu d’exemple et qui ouvre au noir uniforme de l’encre lithographique tout un registre de nuances inespéré. Les empreintes lui permettent d’obtenir des images étonnantes.

“Jean Dubuffet se veut, avec la série des Phénomènes, simple révélateur d’un monde ignoré et immédiat, celui dont nous prive la cécité du regard quotidien. Sur la pierre ou le zinc viennent alors prendre place fragments végétaux, poussières de l’atelier... que l’artiste va magnifier, leur faisant faire impression, jusqu’à perdre échelle et identité, jusqu’à découvrir dans ce qui était promu au rebut une cosmogonie éblouie. Il n’est donc pas étonnant que Dubuffet... ait tiré les leçons de ce retrait de la main...”
“L’œuvre close, c’est le mécanisme même de la pensée du peintre dont il nous est donné de suivre, tout au long, feuille à feuille, la vertigineuse poussée.” Daniel Abadie

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Jean DUBUFFET
FRANCE
 
 
Jean Dubuffet est né le 31 juillet 1901 au Havre. Inscrit dès la classe de seconde à l’École des Beaux-Arts de la ville, il rejoint l’Académie Julian à Paris après son baccalauréat. Il la quitte rapidement pour chercher sa propre voie. L’art occidental ne lui convient pas. Il ne se consacre à sa carrière artistique qu’en 1942, après avoir travaillé dans le négoce du vin au sein de l’affaire familiale. Il décide alors de se vouer à la peinture.
 

Ses premières lithographies datent de 1944. Il en réalisera plus de 1500, dont un grand nombre pour des livres illustrés. Cette abondante production révolutionne le genre. Matière et Mémoire, son premier ensemble de lithographies, met en avant l’expérimentation des textures et de la surface à travers une série de 27 planches. Il gratte les pierres lithographiques avec du papier de verre, les frotte avec des chiffons et utilise des matériaux non conventionnels pour obtenir une multitude d’effets différents. Il donne ainsi au noir uniforme tout un registre de nuances fascinantes.

Il marque l’histoire de l’art en 1945, baptisant ”art brut” un art qu’il collectionne depuis 1922, celui des fous et des marginaux. Il voyage alors en Suisse où il mène des recherches sur le sujet. Pour accueillir sa collection, il fonde le Foyer de l’Art Brut en 1947. Il publie l’année suivante son premier texte en jargon, Ler de le canpane. En 1949 paraît L’art brut préféré aux arts culturels. En 1951, sa collection est expédiée aux États-Unis chez le peintre Alfonso Ossorio. Elle revient en France en 1962 rue de Sèvres, Jean Dubuffet ayant acheté un immeuble pour y réunir ces quelques 1300 œuvres d’art brut.

En 1964, Dubuffet montre ses travaux récents au Palazzo Grassi lors de la Biennale de Venise. Il explore le tissu urbain et les foules, les couleurs vives et les sinuosités. Cette série comprend des toiles, des encres de couleurs, des sculptures et des assemblages réunis sous le nom de L’Hourloupe.

À partir de 1966, il passe aux réalisations en volume, des objets, puis des bâtiments. Ses sculptures et installations sont des “peintures monumentées”. Ce passage en volume est décisif pour son œuvre, avec des expansions en polyester coloré. Il sort de l’image, abandonne l’huile pour la peinture au vinyle, au marker. Il apprend à maîtriser le polystyrène, le polyester, l’époxy, le béton projeté et les peintures polyuréthane.

Autre œuvre emblématique, Coucou bazar est présenté pour la première fois à l’occasion d’une rétrospective au Guggenheim Museum à New York en 1973. Ce “tableau animé” comprend un ensemble de “praticables” issus des sculptures de L’Hourloupe. Il s’agit d’un ballet de sculptures, de peintures et de costumes hachurés, sur une partition du compositeur turc de musique électronique, İlhan Mimaroğluu, et une chorégraphie de Jean McFaddin. Dubuffet invente une sorte de commedia dell’arte dont les acteurs sont ses propres sculptures, dans le style hourloupe hachurés. C’est comme une sorte de grand Guignol où chaque élément se déplace très lentement. Les danseurs “entourloupés”, dissimulés dans les praticables, exécutent une manière de danse macabre pour société défunte, entre cérémonie et théâtre nô. La rétrospective est reprise au Grand Palais à Paris avec une seconde version du spectacle.

1973 est aussi l’année de création de sa propre fondation. Préoccupé par la conservation de son œuvre, il avait déjà accordé une importante donation au Musée des Arts décoratifs en 1967.

En 1981, à l’occasion du 80e anniversaire de sa naissance, des expositions lui sont consacrées au Guggenheim Museum de New York et au Centre Pompidou à Paris.

Il représente la France à la Biennale de Venise en 1984 et rédige l’hiver suivant, dans l’urgence, Biographie au pas de course. Il décède le 12 mai 1985 à Paris.

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