Démarche artistique
S’il est l’apanage de la sorcière, le balai est aussi celui de la ménagère, l’objet trivial du quotidien. Fait de bois et de paille, ne serait-il pas un fragment de nature arraché aux prairies pour finir dans nos cuisines? Dans les mains de Michel Blazy, cet outil est rendu à un hypothétique état de nature : à Chaumont-sur-Loire, plantés dans le sol, des centaines de balais semblent prendre racine. Sur leur tête de paille, les graines de sorgho germent, se développent et dialoguent avec de gigantesques fleurs artificielles et moussues, poussant dans un bassin ombragé à deux pas. Un bouillonnement végétal qui côtoie les buissons du jardin potager alentour. Livrée au gré du processus naturel de germination, cette œuvre évolue et se transforme au fil de l’exposition selon le "laisser-vivre" cher à Michel Blazy. En se développant, les pousses redonnent vie aux balais. Et c’est ainsi que le sorgho redevient jardin.
Repères biographiques
Michel BLAZY
FRANCE
Né en 1966 à Monaco, Michel Blazy est diplômé de l’École d’Art de la Villa Arson à l’âge de 22 ans. Il vit et travaille sur l’île Saint-Denis, en banlieue parisienne. Très tôt, peut-être par l’influence indirecte de son père, peintre amateur, il affirme son intérêt pour l’art. À la fois fin observateur du réel, du vivant, et critique acerbe de la société de consommation, Michel Blazy développe une œuvre "organique". Conçues à partir de matériaux périssables du quotidien, ses sculptures ou installations se transforment au fil de la durée des expositions. La moisissure, la putréfaction, l’assèchement, la liquéfaction sont les acteurs des fascinantes évolutions qui nous sont révélées. Au plus près des matériaux les plus simples (légumes verts, colle à papier peinte, croquettes pour chiens…) l’artiste interroge notre monde, entre naturel et artificiel, en livrant ses compositions aux griffes de processus d’altération aussi inéluctables que génialement incontrôlables.