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Chaumont-Photo-sur-Loire

Gilbert Fastenaekens

VIENS, 2021-2024
GALERIE BASSE DU FENIL

Démarche artistique

Depuis plus de quarante ans, Gilbert Fastenaekens développe une œuvre qui interroge notre manière d’appréhender les territoires. Ville, forêt, friche ou autre paysage : quels que soient les sujets abordés, la photographie est pour lui un moyen d’éprouver le temps, d’observer les métamorphoses discrètes d’un lieu et de mesurer la relation intime qui se tisse entre le regardeur et ce qu’il contemple. Son travail ne relève ni d’un strict relevé documentaire ni de la recherche d’un paysage spectaculaire. Il procède d’une attention patiente, où l’image naît moins de l’événement que d’une présence prolongée à l’objet photographié.

Révélé dans les années 1980 par ses photographies nocturnes de Bruxelles et de plusieurs autres villes européennes, Gilbert Fastenaekens découvre très tôt que la photographie peut suspendre le temps. Les éclairages artificiels effacent l’alternance du jour et de la nuit, installant la ville dans une étrange immobilité. Les rues désertes deviennent des espaces silencieux, presque théâtraux, où l’architecture semble conserver la mémoire des existences qui les traversent. Cette expérience fondatrice modifie durablement son rapport à la photographie : il ne s’agit plus de saisir un instant, mais de s’inscrire dans la durée.

Cette recherche trouve un prolongement décisif avec Noces (1988). Pendant plusieurs années, l’artiste revient inlassablement dans une même parcelle de la forêt de Vauclair, en Champagne-Ardenne, théâtre de combats meurtriers durant la Première Guerre mondiale. Il en limite volontairement le territoire à quelques dizaines de mètres, acceptant d’observer sans cesse le même espace. Une contrainte qui devient une forme d’ascèse. À mesure que les saisons passent, l’attention se déplace de l’ensemble vers les plus infimes variations de lumière, de matière ou de végétation. Fastenaekens évoque volontiers une expérience de méditation, jusqu’à éprouver la sensation de ne plus être face au paysage, mais d’en faire pleinement partie. 

Les photographies présentées au Domaine de Chaumont-sur-Loire s’inscrivent dans cette continuité. Réalisées dans une forêt du Luberon où il travaille depuis plusieurs années, elles s’attachent à des sujets d’une grande simplicité apparente. Branches noueuses, troncs couverts de lichens, sous-bois où la lumière filtre avec retenue composent un univers où rien ne cherche à s’imposer. Pourtant, à mesure que le regard s’attarde, les formes se répondent, les textures s’animent et le vivant se révèle. Loin de toute vision romantique ou pittoresque de la nature, Gilbert Fastenaekens fait de la forêt un espace d’attention, où chaque détail devient le lieu d’une rencontre.

Présentées à l’Asinerie, ces œuvres dialoguent naturellement avec le paysage du Domaine de Chaumont-sur-Loire. Elles nous rappellent que la photographie de Gilbert Fastenaekens ne cherche pas à épuiser le mystère de la nature mais à ralentir notre course pour mieux en apprécier l’ordinaire majesté.


REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Gilbert FASTENAEKENS
BELGIQUE

Gilbert Fastenaekens est né à Bruxelles en 1955. Rapidement reconnu pour son travail photographique sur les paysages urbains de nuit, il participe à la mission photographique de la Datar en France en 1984. Les œuvres de cette période sont rassemblées dans les ouvrages Nocturne et Essai pour une archéologie imaginaire. Il y décrit une ville en déshérence, où la nuit métamorphose la topographie urbaine en un décor d’opéra énigmatique, abandonné de ses acteurs, suspendu dans un arrêt provisoire.

En 1987, lors d’une mission photographique sur le territoire de Belfort (Les quatre saisons du territoire), il joint à la notion de paysage, circonscrit à un petit périmètre, toute la force d’une expérience intimiste et contemplative qui prendra toute son ampleur en 1988 dans le périmètre délimité d’une forêt en Champagne-Ardenne sous le titre de Noces. Parallèlement, entre 1990 et 1996, il développe une vaste étude photographique sur Bruxelles, publiée sous le titre Site (ARP Éditions, 1996). Éditeur engagé (ARP Éditions, 1993-2013), professeur à La Cambre (Bruxelles) et à l’Institut Supérieur Libre des Arts Plastiques (ERG-Bruxelles) pendant plus de 35 ans, Gilbert Fastenaekens conjugue pratique artistique et transmission.

Ces trois dernières années, deux projets coexistent. Besos, territoire élargi est une commande du MACBA à Barcelone, invitant des artistes à observer des territoires de la ville. Ce travail réalisé en vidéo comprend une série de séquences dépourvues de narration, reposant sur des plans fixes, où le décor urbain s’impose avant que n’apparaissent les passants, acteurs de multiples micro-récits du quotidien. Si ce travail est un approfondissement du regard porté sur les mouvements d’une ville, l’autre, qui se déroule dans une forêt du Lubéron (travail photographique en cours), relève davantage d’une approche contemplative, fondée sur l’observation silencieuse de fragments végétaux, révélant l’imperceptible.